Orientation

[Partage d'expérience] Retour d’expérience sur la mise en place d’un projet d’orientation

Interview d’Aurore Mlynczak, professeur documentaliste et référente orientation au Groupe Scolaire Saint Vincent à Châtillon-sur-Seine.

Pour accéder à la version audio : http://bit.ly/2QVN7sD

Comment s’organisent les projets d’orientation au sein de votre établissement, que cela soit au niveau collège ou lycée ?

La base de la réflexion s’est posée au moment où j’ai pris mes fonctions, il y a 5 ans. Des choses très intéressantes étaient déjà mises en place, mais elles étaient très locales et se basaient sur des liens sociaux de proximité. Par exemple, nous avions un parent d’élève gérant d’entreprise et nous visitions avec les élèves, son entreprise. 
Lorsque j’ai pris mon poste, nous avons mené une réflexion avec le directeur adjoint de l’époque afin de pouvoir mutualiser la pratique, que lui avait en tant que professeur principal de 3ème, et les compétences apportées par le professeur documentaliste. Cela est devenu normal à partir de la 2ème année de collaborer sur tous les projets d’orientation, principalement sur la 3ème, puis sur la 4ème la troisième année, et enfin, sur les deux années suivantes nous nous sommes déployés sur le lycée.

 

Renforcer l'orientation

Tout cela fait écho à une volonté nationale de renforcer l’orientation, le stage de découverte professionnelle, autrefois fait en classe de 3ème, est désormais fait en classe de 4ème, les pré-inscriptions en classe de 3ème et les choix des différentes options en seconde.

Cette année, la réforme du lycée nous demande d’effectuer un profilage beaucoup plus important sur le choix des spécialités et des enseignements d’exploration. Les élèves ont également un double professeur principal en classe de terminale, dont un, spécialement dédié à l’orientation. 

De plus, nous avons également remarqué que les familles étaient de moins en moins renseignées, concernées, préparées par l’orientation. Des parents sont complètement perdus par rapport aux différentes options possibles qui s’offrent à leurs enfants (« Avec son niveau scolaire actuel peut-il envisager X filière ? »). Ils sont totalement démunis par rapport aux choix qu’ils doivent prendre et aux formalités administratives qu’ils doivent remplir. Il y a ce que les familles voient dans les médias et ce que les élèves voient en classe et entre les deux, nous faisons le lien et la médiation.

 

Les trois piliers

Voici donc l’impulsion qui a été donné sur le sujet de l’orientation avec 3 piliers :
-    Les élèves, qui sont perdus et pas forcément conscients des possibilités de poursuite d’étude
-    Les parents qui eux savent chercher mais qui se renseignent de manière superficielle
-    Et nous, dans l’établissement, qui mettons en place des projets d’orientation avec des outils et ressources dédiées 


Quand vous dites « nous », vous sous entendez, le proviseur et vous, en tant que professeur documentaliste avec les professeurs principaux ?

C’est devenu un vrai travail de groupe, parce qu’il faut être honnête, tout seul, c’est tout bonnement impossible. On ne peut pas tout savoir, tout connaître, tout maîtriser, il y a tellement de liens ou de documents administratifs autour de l’orientation. Le professeur principal, se retrouve surchargé avec en plus le très faible nombre d’heures de vie de classe.
C’est un vrai travail d’équipe avec l’équipe de direction qui est le relais avec les parents, les professeurs documentalistes qui centralisent les ressources et les veilles numériques pour transmettre les informations et les actualités aux professeurs principaux.

 

Est-ce que vous vous fixez des objectifs à atteindre par niveau dans le parcours d’orientation des
élèves ?

Tout à fait, cela fait cinq ans que nous avons mis en place ce système.
Nous saupoudrons dès la 6ème, avec une petite approche « Quel est ton métier idéal ? », « Qu’est ce qui doit guider mon choix de métier futur ? ».
En 5ème, nous amenons la notion de secteur professionnel dans plusieurs matières comme l’enseignement moral et civique, en technologie où ils doivent connaître les différents métiers de l’industrie, les secteurs de production, les biens et les services, et en EMI (Éducation médias de l’information) où l’on voit comment les métiers sont relayés au travers des médias.
A partir de la 4ème, nous travaillons, cette année avec la ressource numérique Impala sur la découverte du monde économique et professionnel.  Nous gérons également la préparation du stage de découverte, avec tous les éléments nécessaires (comment se comporter en entreprise, CV, lettre de motivation) ainsi que la rédaction du rapport de stage.
En classe de 3ème, nous concrétisons le tout en partant de la question « Au lycée, quels sont les enseignements d’explorations qui pourront me correspondre ? ».


En parallèle, les élèves sont amenés à participer à des évènements ponctuels dans l’année, comme un forum des métiers organisé en une journée dans l’établissement, qui leur permet de faire la rencontre de 30 intervenants locaux de secteur différents. Ils ont également une « semaine de l’orientation », qui est mise en place, avec la visite d’entreprises locales, des rencontres avec des professionnels avec un travail de réflexion à faire sur la filière qu’ils veulent explorer. A la fin de cette semaine, les élèves font une présentation de ce qu’ils ont vu afin de faire un bilan général.
Tout ça, pour nourrir le parcours Avenir développé par l’État qui englobe tout ce que les élèves ont vu en termes d’orientation depuis la 5ème, et qui va leur permettre d’enrichir leurs connaissances pour préparer le grand oral du brevet en fin de classe de 3ème. 
Nous avons l’avantage d’avoir les élèves de la 6ème à la terminale dans notre établissement, ce qui nous permet de leur faire travailler l’orientation chaque année en s’appuyant sur ce qui a déjà été vu et en profilant en fonction des attentes de fin de cycle ou d’examen.


Quels sont les événements ou moyens que vous utilisez pour communiquer auprès des parents ?

Les parents sont associés au projet d’orientation dès le début. Même avant la ressource numérique Impala, ils étaient conviés au forum des métiers et informés des différentes sorties scolaires locales prévues dans le cadre de l’orientation. 
Et, par rapport à la mise en service d’Impala, nous avons tout de suite créer une communication familiale : nous avons invité les parents à une réunion d’information, avant d’en notifier les élèves, en leur expliquant, pourquoi et comment sera utilisé cet outil, avant de leur remettre les autorisations papier à signer. De ce fait, cela leur donne une place prépondérante dès le début du projet. En ayant accès à l’outil Impala de chez eux, ils peuvent également suivre directement comment leurs enfants progressent. 
J’ai également des moments privilégiés avec les familles en réunion parents-professeur, ainsi qu’en conseil de classe, où nous faisons un point avec les parents délégués de classe sur les questions d’orientation.

 

Avez-vous mis en place quelque chose de particulier pour la réforme du lycée auprès des élèves et parents ?

En ce qui concerne la réforme du lycée, nous avions déjà anticipé, en présentant aux élèves, les différentes spécialités, ainsi que les couples de spécialités qui pourraient être intéressants pour des choix d’orientation ultérieurs ; par exemple, est-ce que choisir certaines spécialités ferment des portes de certaines universités ?
Lorsqu’ils arrivent en 2nd, étant donné que ce sont des élèves de filières professionnelles dans notre établissement, en termes d’orientation, nous cherchons à stabiliser leur projet professionnel. 
Nous avons également mis en place une veille : quel examen à quel niveau ? quel but de ces examens ? et les avons également initiés avec les professeurs principaux à Parcours Sup, afin de déblayer le terrain (comment choisir son parcours, comment remplir sa lettre de motivation). Les professeurs principaux de 2nd, 1ère, terminale viennent me poser les questions pour ensuite pouvoir répondre à leurs élèves en fonction des spécificités des filières.
En complément, les anciens élèves viennent parler aux actuels de leurs parcours en leur donnant la réalité du terrain et nous avons également toute la documentation numérique et papier consultables au CDI sur la poursuite d’étude, sur les préparations au concours, les mises à jour…
Tout ce qui est hors de notre établissement, pour la poursuite en filière générale, dans le cadre de la semaine de l’orientation, ils sont amenés à visiter l’établissement public général de Châtillon-sur-Seine, avec une présentation des enseignements de spécialités. 

 

Un marché privé de l’orientation scolaire se développe, que pensez-vous des solutions proposées ?

De mon avis, je pense qu’il y’a un côté très marketing et mercantile. Cela peut avoir une utilité à haut niveau (des personnes déjà avec formation ou en post-bac) , par contre, au niveau secondaire, c’est un peu tôt, et c’est un discours parallèle qui peut apporter un brouillage au niveau de ce qui se fait en orientation, notamment pour les familles.
Les élèves bénéficient de toute une équipe pédagogique, qui les entourent, les connaissent, sont avec eux toute l’année, qui ne jugent pas qu’au regard des notes, mais également à l’humain. Si on ne fait que juger par rapport aux notes ou aux résultats de tests, nous ne sommes plus sur une analyse de l’humain et nous nous rapprochons peu du profil psychologique de l’enfant. Une équipe pédagogique qui a reçu une formation dédiée, sera toujours plus efficace.
Leur faire choisir leur voie en leur donner tous les outils, pour eux-mêmes se construire une mission de vie, je trouve que c’est le plus important.

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